Fabio Ciriachi, poète.

Andrea di Consoli, poète.

Contes de Guido Gozzano.

Nous, les nomades.

  • Nous qui avons tellement d'espace et si peu de temps, nous nous ferons nomades. Annie le Brun, 1972.

POUSSIÈRE (extrait), par Carlo Bordini.

                           

Je serai toujours un peu moins que celui que je suis,

et même, beaucoup moins. Poussière. J'ai beaucoup perdu.

Ce que l'on perd est irrécupérable, et si on le récupère il

est désormais dispersé, il ne rentre plus dans l'ordre préétabli

des choses. Je suis content

s'il ne reste de moi qu'une légère

enveloppe. J'ai perdu

beaucoup. Dans cette légèreté,

ce qui importe le plus est l'absence des aigus,

que tout soit rond et recueilli. Cela

suffit. Tout ce qui est dévasté peut devenir rond,

rond encore. Comme un vase. C'est encore possible.

La poussière peut être récupérée. La poussière était autrefois

décombres. La poussière n'est pas décombres désormais,

elle est lente friable. La poussière

est un peu moins, mais elle peut être

rassemblée. Les blessures peuvent devenir poussière, recueillie

et ramassée sur elle-même. Je suis content

de ne pas comprendre les choses. Leur

raison. Il y a des choses que j'ignore, et je suis

content. Elles apparaissent comme des mystères,

tranquilles. Par exemple,

la jeune femme que je vois toujours, m'aime-t-elle

ou non? Je ne le sais pas. Je suis content

de ne pas le savoir. Je suis content de ne pas savoir

si je l'aime, ou mieux, je sais que je ne l'aime pas, que je pourrais

l'aimer; je suis content

de ne pas savoir si j'aurais pu l'aimer. Ce mystère

me rassure plus que son amour.

Il est beau de ne pas savoir. Ne pas savoir, par exemple,

combien je vivrai,

ou combien vivra la terre.

Cette suspension

remplace l'éternité.

Poème extrait de Carlo Bordini, Pericolo Poesie 1975-2002, Edizioni Manni, San Cesario di Lecce, 2004.


Traduction Olivier Favier

Lien vers la maison d'édition.

Cette traduction est réservée à un usage privé. Pour toute utilisation publique, à des fins de reproduction ou de représentation, merci de prendre contact avec le traducteur depuis ce site, qui transmettra la demande à l'auteur. La version intégrale de ce poème (en édition bilingue), accompagnée d'un essai de Carlo Bordini sur Luigi Ghirri, est disponible aux éditions Alidades.

Contact: onnedormirajamais-typepad@yahoo.fr

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/t/trackback/2430054/22717244

Voici les sites qui parlent de POUSSIÈRE (extrait), par Carlo Bordini.: